Tibor K Thomas 1919-


Biographie

Les tableaux de Tibor Thomas se situent à mi-chemin entre un traitement impressionniste de la couleur et un tracé et une composition résolument expressionnistes. Jusqu’à ce qu’il passe à l’Ouest avec sa femme et son fils, Thomas a enseigné la peinture à l’Académie des beaux-arts de Bucarest dans la Roumanie communiste. Les contraintes imposées par le gouvernement sous la forme du réalisme socialiste et sa carrière universitaire roumaine ont profondément marqué ses premières productions artistiques. Ces œuvres s’avèrent souvent sombres et troublantes, les émotions y étant soigneusement réprimées, mais néanmoins présentes grâce à des compositions extrêmement structurées. Au début de sa carrière, l’artiste manifestait une préférence pour les natures mortes à une échelle presque intimiste. Ses personnages, paysages et objets, par leurs formes et leurs couleurs, devenaient des motifs picturaux destinés à faire ressortir une expression psychologique.

Depuis son arrivée à Montréal en 1969, les tableaux de Thomas ne cessent d’illustrer de manière éloquente son épanouissement artistique et la possibilité de peindre enfin en toute liberté après des années de sujétion étatique. Cela se retrouve dans son choix de sujets, ses couleurs vibrantes et ses compositions discrètes et une luminosité omniprésente qui constitue sa marque indéniable. Une fois au Canada, l’artiste s’est tourné vers la peinture en pleine nature, captivé par l’immensité et la majesté des paysages canadiens et les extraordinaires changements de couleurs au fil des saisons.

Dans les années soixante-dix, ses couleurs ont acquis à la fois des nuances chaudes et un relief, une approche s’inspirant des enduits. À partir de cette période, ses maisons en rangée d’un brun rougeâtre de l’Est de Montréal adoptent un aspect organique, alors que la topographie de Verdun se décline dans les gris bleutés. Au tournant des années quatre-vingt, sa palette s’éclaircit dans les bleus azurés, mouchetés de touches dorées ou cramoisies. L’eau, un des ses thèmes favoris, prend la forme d’une représentation hallucinatoire et éblouissante dans nombre de ses toiles. Au cours de cette période, plusieurs voyages en Europe lui fournissent les thèmes de ses illustrations évocatrices. En dépit d’un plaisir évident pour le traitement des couleurs et de la luminosité, les portraits de Thomas datant des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix restent empreints de nostalgie et d’introspection. Comme on peut le constater dans le tableau intitulé Andrea, une jeune femme dont le visage encadré de cheveux châtains conserve une expression mélancolique.

La qualité structurale de ses compositions et la solidité de ses formes constituent les autres éléments typiques du style de Thomas. Ses toiles se comparent à une structure, inscrite dans un matériau solide et dotée d’une harmonie spectaculaire, que viennent parfois adoucir des ombres diffuses. Son style dénote une étude méticuleuse du sujet, tout en révélant la conception personnelle de l’artiste dans le processus de transfiguration de la nature qui dote son expression graphique d’une tonalité lyrique.


Oeuvres de l'artiste