Marie Andrée Leblond 1978-


Biographie

De son propre aveu, une grande part de son œuvre est consacrée à la réflexion sur la condition humaine, et comme elle hait les drames, elle observe les travers des hommes – et des femmes bien sûr – et elle préfère s’en moquer. C’est par le médium du tableau qu’elle communique à une clientèle déjà bien établie ses rires secrets devant le déploiement des petits ridicules qui sont notre apanage. Pour elle, prêter aux animaux les petites ou grandes misères humaines sauve l’honneur. Contrairement à nous, l’animal n’analyse pas sa voracité ou sa malveillance. Elles sont pour lui question de survie.

Ils leur manquaient une âme. Et pourquoi donc? À cause du cheminement de leur créatrice. C’est prouvé, les événements font et défont les hommes. Les artistes aussi. Elle a très vite su que l’université n’était pas pour elle. Trop chères les longues études. Fascinée cependant par l’image, elle s’offrit une formation courte mais solide en illustration commerciale. Le marché du travail lui réussit très bien. Pourtant elle le quitta quand elle eut l’assurance qu’elle aurait pu y gagner honorablement sa vie.

Le temps vint où elle affirma son style tout à fait particulier. Ce n’est pas déjà vu ni pareil au même. D’abord, la technique permet l’exubérance et la théâtralité qui conviennent si bien à ses personnages d’animaux. Marie-Andrée Leblond favorise une technique mixte. elle apprête sa toile puis en fait pour ainsi dire un bas-relief sur lequel elle applique la couleur, l’âme quoi. Cette sculpture sur laquelle peindre se bâtit de mélange acrylique. Neuf étapes avant de peindre avec acrylique et encre, finissant à l’occasion avec l’huile selon le sujet, l’atmosphère et la fantaisie du moment. Le résultat final rappelle le bel objet trempé dans l’acrylique d’un seul coup. Couleurs lumineuses garanties. Et les couleurs préférées ici finissent toujours, on dirait, par tremper dans l’or!

Sa ménagerie compte des animaux si beaux qu’on sait bien, allez, que c’est leur façon de s’accommoder des défauts humains. Coqs, chevaux, taureaux sont créations d’une magnifique expertise. Ils racontent des vérités éphémères. Ils font la roue, portent l’or de toutes les vanités, font de l’esbroufe. Mais ils ne montrent qu’une des faces de leur auteur. Un seul côté du miroir.

J’allais dire que l’ensemble est fascinant et riche. C’est la fougue, c’est le calme, c’est la sensualité. C’est disons, le plus beau de deux mondes.

Où sera Marie-Andrée Leblond dans dix ans? Elle a vu se dessiner son destin dès la petite enfance. À 17 ans, elle a osé chercher à exposer avec les « Femmeuses ». Son bas âge a servi de prétexte, pense-t-elle, à un refus poli. Elle a pris sa revanche rapidement. Elle a exposé. Elle a gagné des prix, de l’expérience. Le succès ne la quitte pas. Sa peinture c’est sa vision et son œil. Elle a le regard du constructeur d’histoires. Elle a de la profondeur de ses femmes de sensualité et de mystère. Elle porte sur la vie le regard amusé qu’elle jette sur ses animaux et ses oiseaux symboles, très colorée, fougueuse, moqueuse. Et il me semble aussi que comme les pur-sang qui dansent sa vie par toile interposée, elle sera encore longtemps un cheval de Camargue. Celui qu’on ne saurait atteler.


Oeuvres de l'artiste